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le 09 November 2017

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    La casse de la voie technologique des lycées - Article de Jacques Fogliarini

    Avec la réforme du lycée qui va prendre toute son importance à la rentrée 2011 avec les nouvelles premières, le changement va apparaître concrètement aux yeux de tous. Le texte qui suit essaie de faire le point pour alimenter le débat nécessaire sur la voie technologique. Les particularités du système de formation en France :  Jusqu’en 2008 (avant Darcos et Chatel),  la formation au lycée se décomposait suivant 3 voies débouchant sur des bacs aux contenus et finalités différents : ·        Le bac général avec ses filières S (scientifique), ES (économique et social) et L (littéraire) dont les débouchés naturels étaient l’Université et les grandes écoles. ·        Le bac technologique avec ses filières STI (sciences et techniques industrielles) et Tertiaire dont les débouchés naturels étaient les formations de Techniciens supérieurs. La poursuite d’étude dans l’enseignement supérieur se faisait pour une partie (un tiers). Pour tous, les débouchés en termes d’emplois n’étaient pas problématiques. ·        Le bac professionnel, avec lui aussi ses filières industrielles et tertiaires, débouche sur des emplois traditionnels. C’est ce système d’enseignement qui a permis à une majorité d’une classe d’âge (plus de 60%) d’accéder à un niveau d’étude secondaire. Cela a été possible car il a offert une diversification des méthodes d’enseignement et des contenus allant du cours magistral aux enseignements en petits groupes intégrant l’étude de cas et systèmes concrets. La réflexion pédagogique, les mises en œuvre fréquentes de nouvelles méthodes et programmes d’enseignement et l’effort mis sur la formation et le recrutement des enseignants ont caractérisé la politique éducative en France jusqu’au début des années 2000. Même si le bac général reste la voie de formation majoritaire (plus de 50% des bacheliers), c’est l’existence d’autres voies avec des méthodes et objectifs différents qui permet une élévation globale des niveaux de qualification et de culture et ainsi rend possible la démocratisation du système éducatif. Bref historique concernant la voie technologique en France : A partir des années 60, les bacs technologiques se sont fortement développés : dans les domaines industriels, ils ont participé à fournir les techniciens et employés indispensables au développement important du tissu économique. De plus, ils ont été l’élément décisif de la démocratisation en scolarisant massivement les enfants des classes populaires et en permettant une ascension sociale autant en formation initiale qu’en formation continue. Les années 80 marquent le début de la « crise » par des fermetures de pans entiers de l’économie : sidérurgie, textile, chantiers navals,… mais cela ne remet pas en cause l’existence de la voie technologique qui continue à se développer jusqu’à atteindre le chiffre de 30% des bacheliers. En effet, même si des secteurs de production nécessitant de forts contingents de main d’œuvre sont abandonnés en France, la généralisation de l’informatique à l’ensemble de la société impose la formation de personnels qualifiés et compétents pour les secteurs en perpétuelles mutations technologiques et qui maintiennent une activité économique importante. Aujourd’hui, un tournant majeur est en train de s’opérer : c’est l’existence même d’un secteur industriel productif qui est menacée. En effet, les choix politiques effectués actuellement sacrifient sciemment la voie technologique et avec elle, les possibilités de redessiner un environnement économique performant et compétitif à l’échelle internationale. La réforme du lycée Aujourd’hui, la politique de l’Education Nationale se déploie suivant 2 axes : ·        Pour, soi disant, rentabiliser le système éducatif et le rendre plus performant en permettant aux élèves de pouvoir se réorienter à tout moment, c’est la diminution de 15000 emplois d’enseignants par an et la mise en œuvre d’une réforme qui fait disparaître les spécificités : la norme devient 35 élèves par classe et les groupes seront de 24 élèves minimum ; les troncs communs d’enseignement devront être la règle, les horaires disciplinaires (maths, français,…) diminuent et donc il n’y aura plus de série à forte connotation scientifique ou littéraire ou technologique. Il s’agit donc d’un retour à un système d’enseignement magistral devant des classes surchargées mais sans l’objectif d’une formation de haut niveau qu’elle soit scientifique, littéraire ou autre. ·        Pour, soi disant, lutter contre l’échec scolaire : c’est la tentative de mettre en œuvre l’aide personnalisée, le soutien, le tutorat comme moyens essentiels de lutte contre l’échec scolaire et le « socle commun » comme objectif fondamental pour donner une « qualification » à tous et ainsi, faire baisser le chômage des jeunes. Cette argumentation a rencontré un écho plus ou moins favorable auprès des élèves, des parents et de leurs organisations. Pourtant, beaucoup se rendent compte aujourd’hui que c’est un leurre : la baisse du niveau des connaissances à transmettre et son remplacement par des compétences à acquérir ne résoudra aucun problème ! En cohérence avec ces objectifs, la formation des enseignants stagiaires a été purement et simplement supprimée. En effet, en uniformisant les pratiques d’enseignement, en mettant l’accent essentiellement sur l’aide et le soutien, il n’y a plus besoin de réflexion et de formation pédagogique : quiconque (étudiants, …) peut prendre en charge des classes au pied levé, pour des durées limitées et sans nécessairement maîtriser la matière qu’il doit enseigner ! La porte est ainsi ouverte pour le recrutement massif de contractuels, de vacataires et le remplacement du statut de fonctionnaire des enseignants par un statut de droit commun (CDD et CDI) avec des contrats passés avec les chefs d’établissement. La casse de la voie technologique Déjà, dans les lycées technologiques, la nouvelle seconde a vu l’horaire d’enseignement de l’ISI (Initiation aux Sciences de l’Ingénieur) largement divisé par deux par rapport à ce qui était enseigné auparavant. Ainsi, pour un élève de seconde, l’enseignement suivi passe de 3 h sur l’année dans des demi classes (17 élèves maximum) à 1,5 h dans un groupe de 25 élèves. Dans les lycées généraux, ces options sont inexistantes. A la rentrée 2011, de nouveaux bacs technologiques sont programmés, baptisés STI2D (2D pour développement durable). Il s’agit de passer de 13 baccalauréats à 4. Environ la moitié des enseignements technologiques seront communs à ces 4 baccalauréats ainsi que tous les enseignements dits généraux. De fait, il s’agira d’un seul baccalauréat avec 4 options : AC (Architecture et Construction), EE (Energie et Environnement), ITEC (Innovation Technologique et Eco-Conception), SIN (Systèmes d’Information et Numérique). Les horaires d’enseignements à caractères technologiques passent de 18h à 12h. Cette réforme supprime le caractère technologique de ces filières en augmentant le poids d’un enseignement théorique, coupé de toute expérimentation pratique. Elle supprime les corps de chaque champ technologique : par exemple, l’électronique n’est plus la base de l’enseignement du bac SIN puisque réduite à 4 ou 5 h en tant qu’option ! De plus, les nouveaux bacs prétendent brasser en une seule discipline des champs de connaissances techniques immenses et aussi différents que l’électronique et la mécanique ou la construction et la faire enseigner par un seul professeur ! C’est mission impossible ! D’autre part, il est prévu que l’enseignement général se fasse en tronc commun avec d’autres séries : ainsi, c’est l’abandon d’un enseignement général spécifique et la rupture de la cohérence entre les matières scientifiques (maths-Physique) et l’enseignement technologique. Quant à l’enseignement technologique, il s’agira moins d’étudier, d’expérimenter ou de fabriquer des objets techniques  que d’aborder superficiellement des notions généralistes et abstraites puisque sans projet ni réalisation concrète. Dans ces conditions, ce n’est pas la polyvalence mais l’abaissement du niveau de formation (aussi bien au niveau des connaissances que des capacités de travail en autonomie) qui est à l’œuvre. Pour faire « passer » la réforme, un plan de « formation » sur 3 ans a été instauré : il a lieu essentiellement en plus des heures d’enseignement (200 h !) et il consiste à passer en revue des systèmes, des logiciels et des objets manufacturés sans en avoir extrait préalablement une étude d’ordre pédagogique. Dans ces conditions, cette formation est complètement inutile et beaucoup de collègues l’ont déjà dénoncé par courrier à leurs inspecteurs. A la rentrée 2012, la réforme de la voie technologique tertiaire, STG et ST2S, est annoncée et la même logique sera en œuvre : augmentation du volume des enseignements théoriques en classe entière et abandon de l’étude de cas en petit groupe. Il s’agit, à travers ces réformes, de rapprocher les bacs technologiques des bacs généraux. Les conséquences sont criantes :1) Le public scolaire traditionnel des anciens bacs techno ne trouvera plus sa place dans les nouveaux et ainsi le recrutement risque de chuter fortement. 2)Un baccalauréat unique va voir le jour avec des options non intégrées à une véritable formation. Conscients de toutes ces questions, les représentants des organisations de parents, des syndicats enseignants et d’organisations patronales ont voté majoritairement contre les projets gouvernementaux de la réforme de la filière STI2D au Conseil Supérieur de l’Education (organisme paritaire consultatif). Un vote identique a été effectué, le 6 mai 2011, concernant la réforme de la filièreST2S et STG (29 contre sur 35 votants). Ainsi, le Ministère ne tient aucun compte des avis exprimés et les réformes se font sans aucune concertation ni négociation ! Le Privé et l’alternance : La réforme des BTS est annoncée : il s’agit d’y introduire des modules capitalisables et l’alternance avec un recrutement en bac pro et de redéfinir les référentiels. Sachant que la formation en bac pro a été raccourcie (3 ans au lieu de 4), il est clair que les difficultés rencontrées auparavant par des élèves de bac pro en BTS (surtout industriels) ne pourraient que s’aggraver. Aussi, il s’agit d’adapter les nouveaux BTS à ce nouveau recrutement, mais cela augure d’un changement profond de la nature des techniciens. Recrutés auparavant dans les filières technologiques, les techniciens supérieurs étaient capables de suivre les évolutions techniques, de se former et d’accéder à l’enseignement supérieur. Ils pouvaient avoir une carrière dans l’entreprise. Si la réforme des BTS se fait dans les conditions prévues, les entreprises utiliseront ces nouveaux techniciens dans des emplois précaires et sous-payés. Cette formation en modules et par alternance donne la possibilité à des organismes privés de monter leurs propres centres de formation en faisant bénéficier les entreprises d’une main d’œuvre quasiment gratuite pendant le temps de la formation. Cela signifie qu’il n’y a plus aucun projet de développement industriel et économique en France (au niveau de l’Etat) et que cette tâche est désormais laissée au secteur privé. Ce seront les aléas des choix des fonds de pension, des investissements les plus lucratifs, des salaires les plus bas et les subventions et absences d’impôts sur les sociétés qui décideront ! L’angoisse de la rentrée de septembre 2011 : La réforme imposée de la voie technologique industrielle se traduira par : ·        Un enseignement sans expérimentation pour balayer superficiellement de nombreux domaines technologiques. ·        la fin de la formation professionnelle des enseignants : il n’y a plus de formations spécifiques (les CAPES de STI et Physique Appliquée sont supprimés depuis longtemps) et il est suggéré, dans la réforme, que ce soit le même enseignant qui se charge de la totalité de l’enseignement technologique ! Un nouveau CAPES a vu le jour sous un vocable « technologique » pour que le même enseignant puisse être en technologie au collège, en STI ou en Sciences de l’Ingénieur. Le risque est donc grand que l’enseignement au lycée ne soit plus que le prolongement de l’enseignement de la technologie en collège. ·        Une diminution sans précédent du nombre de postes d’enseignants (on peut estimer que la moitié des postes disparaîtra en 2 ans). Il faut donc s’attendre à des reconversions, des mutations imposées et des démissions. Un véritable gâchis humain nous attend sans compter la perte des connaissances et des réflexions pédagogiques accumulées pendant plusieurs dizaines d’années! Les enseignants qui vont avoir la charge des classes en STI2D vont être confrontés à de nombreuses difficultés :

    • Quasi absence de formation.
    • Quasi absence de matériels dédiés à une utilisation pédagogique.
    • Aucune réflexion sur les connaissances à transmettre aux élèves.
    • Un enseignement qui risque de ne pas répondre à l’attente des élèves.
    Pour le Ministère, cette réforme se fait dans l’improvisation la plus totale. Ce n’est pas un hasard car son objectif véritable est de faire disparaître la voie technologique au motif que ce serait une exception en Europe. En réalité, sa disparition est une source réelle d’économie en termes de postes d’enseignants, de matériels et de locaux. Sa disparition programmée est aussi le signe d’une absence de projet de développement économique en France. Que faire ?   Nous avons essayé de mobiliser autour du mot d’ordre de moratoire d’un an avant la mise en œuvre d’une réforme qu’il faudrait discuter et, pour le moins, à des décharges horaires conséquentes (demi-service) pour les collègues en formation ou en charge des classes STI2D. Nous nous sommes heurtés à l’intransigeance du Ministère et à un profond isolement qui ne nous a pas permis de débattre avec les élèves, les parents et leurs organisations et même avec des collègues trop imbus de l’idée que seul l’enseignement général préparant aux grandes écoles est digne d’intérêt. L’idée que la démocratisation de l’école passe par la diversification et le maintien des trois voies de formation (voie générale, voie technologique et voie professionnelle) a eu beaucoup de mal à s’imposer. Pourtant, même si les mobilisations des collègues de la voie technologique ont été très insuffisantes (il y a eu pourtant des stages et des rassemblements regroupant plusieurs dizaines de collègues), les choses bougent. La réforme du lycée est un tout : avec la réforme des premières (générales et STI) à la rentrée prochaine, les projets pour les STG et les BTS, les suppressions de postes et les reconversions imposées, l’absence de formation des stagiaires, les conditions sont réunies pour une prise de conscience plus large. Dans ce contexte, il s’agira de reconstituer un front de syndicats et d’organisations qui se mobilise clairement contre la politique de suppressions de postes et d’abandon des missions fondamentales de l’Education Nationale. Cela doit nous permettre de confronter aussi les partis politiques de gauche (par exemple, certains « oublient » la voie technologique dans leurs programmes) à nos propositions pour bâtir, à travers les mobilisations et les débats, un projet pour l’école qui tourne le dos aux orientations actuelles. Jacques Fogliarini Un extrait, ci-dessous, de la lettre que des enseignants en STI dans l’académie de Grenoble, participants à la formation, ont adressé aux Inspecteurs Régionaux : « Nous avions admis le principe de l’autoformation en espérant que les contenus des connaissances des autres disciplines seraient accessibles et compréhensibles aux néophytes que nous sommes. Il n’en est rien. Les corpus de connaissances mis à notre disposition sont absolument incompréhensibles et abscons pour un public n’ayant aucun pré-requis dans les disciplines hors de sa spécialité. Nous ne pouvons même pas utiliser ces journées de formations pour étudier des systèmes sur lesquels les élèves travailleront, en effet la dotation de ces systèmes dans les établissements n’est pas encore faite….à moins de 3 mois de la fin de l’année scolaire.   Nous portons à votre attention que nous ne voyons plus l’utilité de nous rendre à des journées de formations qui coûtent cher et dont le contenu ne correspondent ni à nos besoins ni aux ambitions affichées pour nous permettre d’aborder cette réforme en ayant les compétences requises pour assurer un enseignement en face à face pédagogique avec nos classes. » Cet extrait reflète bien le point de vue de nombreux collègues en « formation » dans d’autres centres de l’académie et qui ont aussi signé des pétitions ou des courriers envoyés au Rectora

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