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Dépasser ou abolir le capitalisme ? - Par Jean Rabaté - Section de Saint-Egrève

DÉPASSER OU ABOLIR LE CAPITALISME ?

Dans une contribution publiée « hors chantier » le camarade Yves Saint-Jour de la section de Perpignan demande que soit « rejetée définitivement toute référence au dépassement du capitalisme », et de lui « substituer la prospective de l’éradication du capitalisme ». Le problème ainsi soulevé n’est pas nouveau. Lors de préparation du XXXIIè congrès du parti, en 2003, la « Commission de transparence des débats » invitait les communistes à cette double interrogation : « Voulons nous abolir le capitalisme ou le dépasser ? et Que signifie concrètement la notion de dépassement ? » Je m’étais alors permis d’adresser à la Commission les réflexions que m’inspiraient ces deux questions. Quinze ans plus tard, la contribution d’Yves Saint-Jour m’a incité à les relire. Elles vont dans le sens de sa demande. Les croyant toujours valables, sans aucune prétention je me permets de les ajouter ici à ses arguments, sans rien y changer car je les crois toujours valables:

« Je suggère en premier lieu d’inverser l’ordre des questions. Avant de se prononcer sur la première, mieux vaut tenter de clarifier ce que recouvre la notion de dépassement, tant il est vrai qu’après de longs mois d’utilisation le mot prend encore un contenu différent selon les camarades ! « Cartes sur table » le relevait (Huma du 26/10/02), François Jacquart le rappelait (C.N. du 13/12/02).  « L’avant-projet de base commune » et les « options » le montrent. Pour la première option «  le communisme du XXI è siècle doit se hisser au niveau du combat effectif du dépassement du capitalisme ; c'est-à-dire du processus de son abolition réussie , en rassemblant pour éradiquer ses maux et aller au-delà de ses points forts ». Pour l’Avant-projet » (paragraphe VI), s’appelle « dépassement du capitalisme le processus démocratique de luttes sociales et politiques visant à éradiquer ses maux et à aller au-delà de ses points forts (…) en renversant ses logiques et finalités pour les mettre au service du progrès humain ». Il s’agit donc de définitions presque identiques, à ceci près… que le mot « abolition » ne figure pas dans la seconde. Cette différence entretient pour le moins une ambiguïté. Elle peut d’autant plus conduire à s’interroger, que le terme «  abolition » (ou des expressions voisines comme « en finir avec », « venir à bout », « disparition du », voire « rupture avec ») ne figure nulle part dans l’avant-projet. Les mots ayant leur importance, ces absences expliquent en partie pourquoi dans de nombreuses discussions «  le dépassement du capitalisme est perçu comme un aménagement » (Michèle Guzman dans « Communistes » du 29/1/03). Pour lever cette interprétation, il me semble insuffisant d’évoquer l’objectif de « faire reculer le capitalisme lui-même jusqu’à son dépassement pour s’en libérer » (Chapitre VII de l’Avant-projet)».

Comme tous les communistes d’aujourd’hui, je suis convaincu qu’il serait totalement irréaliste de croire à un grand soir révolutionnaire balayant le capitalisme de notre pays et à plus forte raison du globe, ou à la possibilité de décréter son abolition comme put l’être celle des privilèges dans la nuit du 4 Août ! Je ressens donc la nécessité d’exprimer la continuité (et les difficultés) de l’action à mener tout au long d’un « processus démocratique de luttes sociales et politiques » qui, à plus ou moins long terme selon leur ampleur aboutiront à la fin du capitalisme. Cependant, « dépasser » et « dépassement » ne me satisfont pas.

Pour le commun des mortel – dont nous souhaitons être compris - « dépasser » c’est aller plus vite (doubler), plus haut ou plus loin (franchir). Mais doubler quelqu’un ou quelque chose, franchir tel ou tel obstacle ne supprime ni ce que l’on double ni ce que l’on franchit. Or, l’ambition historique du communisme à l’échelle mondiale est bien d’instaurer un système social supérieur et sans cesse perfectionné A LA PLACE du système capitaliste et non A CÔTÉ. A l’heure où en France et dans le monde ses méfaits se multiplient, s’aggravent et touchent de plus en plus de personnes ; où grandit une prise de conscience ; où la contestation de ce système s’amplifie (Florence, Porto-Allegre) pourquoi ne pas le réaffirmer nettement et simplement ? En expliquant notre projet et les conditions de sa réalisation par des mots et expressions compris de tous et ne prêtant pas à différentes interprétations ?

Je terminais cette contribution lorsque je suis tombé sur ces propos de Marie‑George Buffet dans l’Huma du 31 janvier… 2003 ! : « je me dis que nous ne devons surtout pas jouer petit bras : la révolution, le changement de société sont des idées d’aujourd’hui » (1). J’en fais volontiers ma conclusion ! »

NOTA : Ce débat ne serait-il qu’une bataille de mots ? Je ne crois pas. Est-il encore justifié et utile de le ré-ouvrir aujourd’hui ? Je le pense. De plus, bien que n’ayant pas encore lu le dernier ouvrage de Lucien et Jean Sève « Capitalexit ou catastrophe », il me semble pouvoir être une nouvelle source de réflexions sur le sujet. Dans une brève analyse, le philosophe Yvon Quiniou ne souligne-t-il pas sur son blog que « c’est bien le renversement (démocratique) du capitalisme que Lucien et Jean Sève veulent mettre directement au centre de la stratégie communiste. » ?

Jean Rabaté

Section de Saint-Egreve, Fédération de l’Isère

(5/4/2018)

PS : Je viens de découvrir parmi les contributions la note de lecture d’Olivier Mayer sur « Capitalexit ou catastrophe ». Lui aussi estime que cet ouvrage mérite réflexion.