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Vers un communisme municipal du XXIème siècle - Par Jérémie G. - Section Sud Grenoblois

Vers un communisme municipal du XXIème siècle

Les héritages du « communisme municipal » sont l’une des forces actuelles du Parti Communiste
Français. Des milliers d’élu-es communistes s’engagent chaque jour au plus près de leurs populations,
et les municipalités communistes sont le terrain de politiques publiques innovantes, pensées et
mises en œuvre dans une volonté de servir les intérêts populaires. Les « banlieues rouges »
occupent encore une place particulière dans l’imaginaire politique de beaucoup de français, bien
que l’audience nationale de notre parti se soit fortement réduite ces dernières décennies. Éducation
populaire, culture, politiques sociales... mais aussi aménagement du territoire au sens large (Santé,
transports, urbanisme, logement, etc) sont autant de terrains sur lesquels les élu-es communistes
incarnent une pratique originale, parce-qu’au service du plus grand nombre.
Héritée des conquêtes électorales de 1947 et de 1977, l’implantation des élu-es communistes est
encore considérable, faisant du PCF le 4 ième parti de France sur ce plan (derrière LR, l’UDI et le PS).
Pourtant, le modèle est aujourd’hui en butte à des difficultés, et le contexte politique nous contraint
à réinterroger nos pratiques, sous peine d’être dépassés par les événements et de perdre pied sur ce
terrain.
Depuis les années 90, une sorte de compromis s’est progressivement construit dans la pratique, avec
des multiples nuances locales. Le Parti restait globalement éloigné des enjeux « de gestion »,
concentrant son activité politique autour des sujets nationaux et de temps de sociabilités populaires,
indispensables. De l’autre côté, les élu-es en gestion exploitaient les leviers institutionnels à leur
disposition pour organiser la redistribution des ressources communales sur des bases sociales et
progressistes. Durant les périodes électorales, le Parti menait les campagnes pour faire (ré)élire ses
élu-es, et pouvait en retour bénéficier du prestige des politiques locales auprès des populations, ainsi
que des moyens financiers liés au reversement des indemnités. En dehors de ces courtes périodes,
les sujets liés aux politiques locales étaient assez peu abordés, y compris du fait de leur technicité
croissante, peu adaptée à une vulgarisation des enjeux.
Ce fonctionnement a porté ses fruits, permettant au Parti Communiste de maintenir une influence
largement supérieure à ses seuls scores nationaux (ce n’est toutefois pas la seule cause : on peut
notamment citer l’implantation dans le mouvement social, ou encore l’influence dans le domaine
culturel et sportif), et ce dans une période historique plus que compliquée, il faut bien le dire.
Toutefois, la nouvelle période politique qui s’ouvre doit nous pousser à réinterroger ces pratiques,
pour plusieurs raisons.
Un effet-ciseau de l’offensive libérale
D’une part, les collectivités locales souffrent de plus d’une décennie de coupes sombres dans leurs
budgets, depuis la suppression de la taxe professionnelle (2008) jusqu’aux baisses de dotations
successives sous Sarkozy et Hollande. La quasi-totalité d’entre elles connaissent des difficultés, etnombreuses sont celles qui se trouveraient au bord de la cessation de paiement si elles ne rabotaient
pas le Service Public qu’elles rendent aux citoyens.
En parallèle de cette réduction des dotations de fonctionnements, le recours aux « appels à projets »
entraîne de-fait une tendance à l'uniformisation d'une partie toujours plus importante des politiques
publiques, puisqu'il faut se conformer aux grandes lignes de cahiers des charges définis par en haut.
Enfin, ce contexte financier contraint s'associe à un comportement de plus en plus invasif des
Chambres régionales des comptes, idéologiquement libérales, qui poussent à des externalisations –
des privatisations – de pans entiers des Services publics.
Les réformes qu’annonce Macron vont achever le tableau, finissant de réduire drastiquement les
capacités d’interventions des collectivités.
Nos élu-es en gestion vont donc se retrouver, et se retrouvent déjà en partie, pris dans une
contradiction terrible : assumer la gestion d’une pénurie organisée par l’État, qu'ils combattent par
ailleurs. Si les équipes communistes font toujours de leur mieux, sincèrement et très souvent avec
abnégation, ça ne sera pas suffisant et ça ne peut constituer en soi un projet politique. Même si nous
dénonçons avec constance les politiques d’austérités, il sera compliqué de convaincre sur ces seules
bases, surtout alors que s’ouvre une période d’agitations populistes de tous ordres.
D’autre part, le paysage institutionnel est en train d’achever sa transformation après de
nombreuses lois dressées selon les préconisations de la Commission Européenne. Les élections de
2020 ne ressembleront pas à celles de 2014, le basculement du couple Commune/Département vers
le couple Intercommunalité/Région va se poursuivre. Au-delà de ce que nous contestons
légitimement sur le plan politique (centralisation, inégalités territoriales, éloignement des lieux de
décisions...), cette évolution peut nous mettre en difficulté : les élu-es communistes sont aujourd’hui
majoritairement assis sur une légitimité municipale ou de « conseiller général », or ces espaces
politiques sont vidés de leurs compétences au profit des intercommunalités et des régions.
On le voit, les politiques libérales menacent d’infliger au communisme municipal un redoutable effet-
ciseau. Nous sommes donc contraints de réinterroger nos pratiques, si nous voulons maintenir et
développer l’influence de notre Parti et de nos idées dans/via la sphère institutionnelle locale.
Le communisme comme défenseur des intérêts populaires
Le terrain de la casse des services publics locaux – ou de la revendication de leur extension – est
propice à l’organisation de luttes populaires unifiantes, en partant du plus concret et en offrant des
débouchés immédiats et palpables : une Poste qui ferme, un arrêt de bus supprimé, une maison de
quartier menacée, des revendications concernant l’assainissement ou l'accès à l’eau potable, etc... y
compris parce-que ces champs de la vie quotidienne sont encore largement perçus comme devantrelever du Commun et non de la sphère marchande, ce qui constitue un point d'appui idéologique
important.
Alors que la répression s’intensifie sur les lieux de travail, l’espace de résidence peut être un terrain
propice à la lutte des classes (ce qui ne veut pas dire qu’il faille négliger les entreprises, loin de là, ce
champ d’implantation doit faire l’objet d’un travail spécifique renforcé).
L’implication d’élu-es locaux dans l’impulsion d’une lutte locale est un formidable vecteur pour
celle-ci : elle donne une visibilité, assure la crédibilité du combat, contribue à le légitimer, et favorise
donc la mobilisation populaire lorsqu’on procède avec méthode. Des victoires locales deviennent
possibles lorsqu’on allie mobilisation populaire et action institutionnelle, même si le vent de
l’austérité continu perpétuellement de souffler. Ce type de victoires sont elles-mêmes des points
d’appuis politiques, car elles crédibilisent le cœur de notre message : c’est possible de transformer la
société en mettant nos énergies en commun. D’autre part, un combat qui marque une population –
qu’il soit victorieux ou non – permet de mettre en avant la spécificité des élu-es communistes : des
élu-es au service du Peuple, qui se battent pour défendre ses intérêts.
Enfin, ces combats peuvent permettre de construire des fronts communs entre usagers/habitants
et fonctionnaires/salariés, favorisant la mobilisation sociale et politique de « l'esprit du service
public » qui anime encore majoritairement ses agents, quelque soit la forme juridique de ces services
d'ailleurs.
Nous menons d’ors et déjà de nombreux combats de ce type, mais nous devons collectivement
franchir une étape sur le plan qualitatif. Et nous sommes les mieux outillés pour y parvenir : quel
autre courant politique dispose d'une expérience collective aussi riche dans le domaine de
l'organisation de la lutte des classes sous toutes ses formes ?
Mais s'engager dans ce combat d'un point de vue stratégique, ce n'est pas seulement une logique
« pragmatique » liée à la configuration de la société française de ce début de XXIème siècle et à nos
forces disponibles. Bien au contraire : contribuer à mettre les populations en mouvement dans la
Cité, c'est redynamiser l'appropriation sociale de l'espace de vie, c'est faire grandir la conscience de
classe commune, y compris en dépassant partiellement les frontières artificielles entre les couches
du prolétariat moderne (qu'on soit fonctionnaire, ouvrier, employé de service ou privé d'emploi, on a
tous intérêt à se battre pour conserver l'arrêt de bus de son quartier...). Sur ce plan, l'apport de notre
Parti en tant que force communiste est déterminant pour pousser toujours plus loin la dimension
politique de cette lutte des classes, pour ne pas en rester au niveau du « syndicat des gens ».
Du communisme municipal au communisme métropolitain
En parallèle de cette transformation de nos pratiques politiques du quotidien, nous devons intégrer
pleinement la reconfiguration du paysage institutionnel, et construire un projet de « communisme
métropolitain » à la hauteur de nos projets de communismes municipaux. Puisque flux financiers,
compétences et leviers d'interventions se concentrent à l'échelle des métropoles et desintercommunalités, en tant que communistes il est de notre devoir de proposer un chemin pour les
mettre au service des intérêts populaires.
Le Capital construit ces superstructures technocratiques pour exclure les populations travailleuses de
l'espace de décision politique et pour mettre les politiques publiques à son service exclusif ? Qu'à
cela ne tienne, les communistes viendront les en déloger et remettre les leviers de pouvoir dans les
mains de ceux qui produisent la richesse ! Ce qui ne doit pas nous empêcher de continuer de
contester le cadre même de ces institutions, comme nous le faisons d'ailleurs à l'échelle de l’État en
dénonçant avec constance la Vème république.
Enfin, nous devons intégrer à notre réflexion sur ce plan la révolution anthropologique qui se profile
avec le numérique : aujourd'hui, il n'y a presque aucune réflexion construite sur le sujet chez les
autres organisations politiques « de gauche », ce qui conduit à une oscillation entre un simple
accompagnement des logiques du Capital et une techno-phobie inopérante. Pourtant, ce champs est
un terrain fondamental de la lutte des classes au XXIème siècle, et les communistes peuvent être les
portes-étendards d'un projet d'appropriation populaire de ces formidables outils, à rebours de
l'élitisme et du tout-marchandise qui se construit aujourd'hui.
Engager la construction d'un projet métropolitain, c'est impliquer des centaines de citoyen-nes
actifs dans une dynamique collective. Pour y parvenir, nous aurons besoin de « faire tomber les
cloisons », non seulement entre nos organisations propres, mais aussi entre nous et les forces plus
ou moins organisées du mouvement social, éducatif et culturel. A ce titre, les expériences telles que
la « coopérative des idées du 93 (Seine-Saint-Denis) » ou la « Fabrique coopérative Île-de-France »
peuvent être un point de départ intéressant.
En s'engageant dans ce chantier, nous pouvons replacer au centre du paysage politique la force
communiste, en mettant toute la lumière sur les réalisations concrètes du communisme municipal
pour les projeter dans l'espace métropolitain. Avec un travail organisationnel conséquent, nous
pouvons être en capacité d'étendre l'influence de nos idées au delà de nos « bastions » traditionnels,
en prenant le contre-pied de la fin des « villes - usines » et de l'augmentation des distances domicile -
travail qui ont dispersées le salariat.
Là aussi, nous disposons d'atouts que nous ne soupçonnons souvent même pas : alors que
l'ensemble du paysage politique bouge, et pour le pire, notre Parti est identifié comme un point de
repère pour beaucoup d'acteurs du mouvement progressiste. Nous trouvons des oreilles favorables
dans des univers aussi variés que ceux du monde des Arts et de la Culture, de l’Éducation Populaire,
de l’Économie Sociale et Solidaire, du mouvement syndical... Pour tous ceux qui défendent
sincèrement une perspective humaniste, le Parti communiste est une force respectée. Nous pouvons
fournir un débouché politique à ces forces sociales, en construisant du collectif.Reprendre l'offensive !
Alors que la configuration issue de 1981 tendait à corneriser progressivement les communistes,
confrontés dans les territoires populaires à la concurrence d'un Parti socialiste structuré capable à la
fois de jouer la carte de l'équivalence à gauche et celle du « vote utile anti-communiste » à droite, la
recomposition du paysage politique redistribue les cartes. Si nous peinons pour l'instant à percer au
niveau national, nous pouvons de nouveau jouer un rôle de premier plan au niveau local, en nous
appuyant tout à la fois sur l'héritage du communisme municipal, sur la reconnaissance de
l'engagement exemplaire de nos élu-es et sur notre force militante organisée.
Mais pour éviter d'être pris dans l' « effet ciseaux » des politiques libérales, entre austérité imposée
et mutation du paysage institutionnel, nous sommes confrontés à un impératif d'évolution dans nos
fonctionnements et nos pratiques. Nous avons la capacité de conquérir une nouvelle visibilité
politique, en articulant plus finement l'action du Parti et celle des élu-es communistes et apparenté-
es, autour d'un fil conducteur : se poser en défenseurs des intérêts populaires au cœur de la Cité,
dans l'action.
Enfin, la construction de projets métropolitains et intercommunaux offensifs permettra de prolonger
l'ambition du Communisme municipal, en fédérant une large diversité de forces sociales
progressistes. Si nous combattons l'évolution des leviers de pouvoirs locaux, en tant que
communistes nous ne pouvons pas nous abstenir d'y porter le combat de classes avec les armes
d'aujourd'hui.
Cette voie n'est évidemment pas la seule qui doive être explorée, mais je suis convaincu qu'elle est
essentielle pour tirer le meilleur d'une part importante de notre héritage collectif du XXème siècle et
en projeter la force émancipatrice dans ce début de XXIème siècle !

Jérémie G.
militant de la section PCF du Sud-Grenoblois (Isère)